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Voyage en Islande : décryptage des itinéraires de trekking les plus sauvages pour amateurs de plein air

08/09/2026 17

La pluie tambourinait sur la capuche… et on a souri

Le vent vous pousse de travers, la pluie vous fait un bruit de tambour sur la capuche, et vos gants sentent déjà l’algue froide. Devant, une vallée s’ouvre comme un grand bol de mousse et de pierre noire, avec une rivière laiteuse qui n’a aucune intention de coopérer. Et là, sans raison logique, on se met à sourire. Bienvenue en Islande version trekking : celle où la nature n’est pas un décor, mais un personnage principal, parfois bougon, souvent magnifique, toujours à prendre au sérieux.

Dans cet article, je vous propose un décryptage des itinéraires de randonnée les plus sauvages d’Islande, ceux qui donnent cette sensation rare de marcher « hors du monde »… sans pour autant jouer à la roulette russe météo. On va parler vraies distances, logistique, refuges (ou absence de), rivières à gué, budget, sécurité, et de ce détail qui change tout : votre autonomie. *Et oui, même si vous avez déjà « fait un trek » dans les Alpes, ici on remet un petit peu d’humilité dans le sac.*

Ce que « sauvage » veut dire en Islande (et pourquoi c’est différent)

En Islande, le mot « sauvage » ne signifie pas forcément « loin de tout » au sens de jungle impénétrable. Il signifie plutôt :Ce « sauvage » demande une approche très concrète. Avant de rêver à une photo de crête avec un ciel dramatique, posez-vous trois questions simples :La bonne nouvelle : quand on prépare ça correctement, l’Islande devient un terrain de jeu d’une beauté brute… et une école de patience très efficace.

Le choix de l’itinéraire : 6 treks sauvages (du plus accessible au plus engagé)

Pour éviter la liste « catalogue », je vous propose 6 itinéraires qui couvrent différents niveaux d’engagement. Je précise quand c’est utile : la disponibilité des bus varie chaque année, les dates d’ouverture des routes intérieures aussi (les routes F des Hautes Terres sont très dépendantes de la fonte des neiges et de l’état des gués). Avant de partir, vérifiez toujours les informations officielles locales (autorités routières et secours).

ItinéraireAmbianceAccès/logistiqueAutonomiePoints d’attention
Laugavegur (+ Fimmvörðuháls)Rhyolite, sources chaudes, cendres et glaciersTrès balisé, refuges/campsModéréeAffluence, météo, gués selon saison
KerlingarfjöllGéothermie, montagnes ocres, vapeurAccès Hautes Terres (souvent bus/4x4)Modérée à élevéeBrouillard, froid, orientation
Landmannalaugar hors-sentiers classiquesPlateaux, coulées de lave, solitude à deux vallées d’écartBase facile, variantes plus isoléesÉlevée selon boucleNavigation, météo, zones peu fréquentées
Hornstrandir (Westfjords)Falaises, renards, fjords sans routesBateau obligatoireÉlevéeIsolement, brume, peu d’abris
Askja et l’ÓdáðahraunDésert volcanique, cratères, immensitéRoute intérieure, accès techniqueTrès élevéeEau rare, orientation, distance
LónsöræfiVallées secrètes, rivières, vues sur le VatnajökullEst plus discret, accès parfois délicatÉlevéeGués, terrain, météo

On détaille tout ça, avec une logique simple : où est le “sauvage” ? Dans la distance aux secours, l’absence de ponts, la rareté des points d’eau, ou la navigation ? Souvent, c’est un cocktail.

1) Laugavegur + Fimmvörðuháls : le classique… qui peut rester sauvage si on le fait bien

Oui, c’est un itinéraire très connu. Non, ça ne veut pas dire qu’il est « facile ». Le Laugavegur relie généralement Landmannalaugar à Þórsmörk, et beaucoup ajoutent Fimmvörðuháls jusqu’à Skógar. C’est un trek balisé, avec refuges et zones de camping, ce qui en fait une excellente porte d’entrée vers la rando islandaise.

Pourquoi c’est intéressant pour amateurs de plein air

Parce qu’en quelques jours on traverse des ambiances qui, ailleurs, demanderaient un mois et une thèse en géologie : rhyolite colorée, sable noir, vallées vertes, langues glaciaires. Et parce qu’on apprend vite à gérer : vent, pluie horizontale, froid qui s’invite en plein mois de juillet (oui, ça arrive).

Comment le rendre plus “plein air” et moins “file indienne”

Conseils terrain

Ce trek est aussi une excellente répétition générale avant de viser Hornstrandir ou l’intérieur : vous testez votre matériel et vos routines, dans un cadre où l’échappatoire logistique existe.

2) Kerlingarfjöll : marcher dans la vapeur, apprendre à s’orienter

Kerlingarfjöll, c’est la géothermie en version montagnes : pentes ocres, fumerolles, odeur de soufre (pas glamour, mais mémorable), et brouillard qui peut tomber comme un rideau de théâtre. On n’est pas forcément loin en kilomètres d’un point d’accès, mais on est vite dans une ambiance « hauts plateaux » où l’orientation et le froid comptent.

Ce qui rend l’endroit exigeant

Astuces concrètes

Kerlingarfjöll est parfait si vous aimez l’ambiance « laboratoire naturel » et que vous voulez un trek qui vous oblige à être présent, attentif, humble. Et ça, franchement, ça fait du bien.

3) Landmannalaugar… mais en version grands espaces : variantes et boucles plus isolées

Landmannalaugar est souvent réduit à un camp de base. Pourtant, dès qu’on s’éloigne un peu des sentiers les plus fréquentés, le silence revient vite. L’intérêt ici, c’est de construire une boucle ou une variante qui garde la magie des couleurs, tout en ajoutant ce petit frisson d’autonomie : moins de monde, moins de traces, plus de décisions à prendre.

Ce qu’il faut comprendre avant de improviser

Ma méthode simple pour “décrypter” une variante

  1. Repérer les points d’eau fiables (et les zones où l’eau peut être chargée en sédiments glaciaires).
  2. Compter les heures, pas juste les kilomètres : sable + vent + gués = rythme plus lent.
  3. Prévoir une journée tampon si votre itinéraire dépend d’un passage exposé.
  4. Avoir un demi-tour acceptable : un itinéraire “sauvage” intelligent est un itinéraire où renoncer ne vous met pas en danger.

Et si votre meilleure nuit en Islande, c’était justement celle où vous n’avez “rien fait” à part écouter le vent, manger un truc chaud et vous endormir tôt, sans réseau, avec la toile qui claque ?

4) Hornstrandir : l’Islande sans routes (et avec des renards curieux)

Hornstrandir, dans les Westfjords, c’est un parc naturel accessible en bateau, sans routes, avec des falaises, des vallées et une vraie sensation de bout du monde. Le “sauvage” ici, c’est d’abord la logistique : vous dépendez d’une traversée, d’horaires, et d’une météo maritime.

Ce qui fait la magie (et la prudence) de Hornstrandir

Logistique : ce que vous devez anticiper

Petit aparté nordiste

Si vous pensez que “j’ai déjà eu du vent sur la Côte d’Opale” vous prépare à Hornstrandir… disons que ça aide moralement, mais ça ne remplace pas une bonne veste.

Hornstrandir, c’est un trek que je recommande aux randonneurs déjà à l’aise avec l’autonomie et le fait de ne pas “optimiser” chaque journée. Là-bas, la météo décide parfois du programme. Et on apprend à composer.

5) Askja et les déserts volcaniques : l’aventure intérieure, littéralement

Askja est un massif volcanique au cœur des Hautes Terres. Le décor peut devenir lunaire : grandes étendues de lave, cendre, cratères. Le “sauvage” ici tient à une combinaison : immensité + peu d’eau + accès technique.

Pourquoi c’est un niveau au-dessus

Règles d’or si vous rêvez d’Askja

Askja n’est pas “juste un beau trek”. C’est un engagement. Si vous cherchez un terrain d’aventure où l’on se sent petit (dans le bon sens), c’est une piste. Mais elle demande une préparation solide et, selon votre expérience, un cadrage prudent.

6) Lónsöræfi : la pépite discrète pour randonneurs qui aiment les vallées secrètes

Lónsöræfi, à l’est, est souvent cité par des randonneurs comme une zone plus confidentielle, avec de belles vallées et des vues vers le Vatnajökull. Le “sauvage” ici est subtil : on n’est pas forcément dans le désert absolu, mais dans une région moins fréquentée, où la logique des gués et la lecture de terrain comptent beaucoup.

Pourquoi ça plaît aux amateurs de trekking

À anticiper

Si vous cherchez un trek “sauvage mais pas punitif”, Lónsöræfi peut être un excellent compromis, à condition d’être à l’aise avec l’idée qu’on n’a pas toujours un plan parfaitement lisse.

Sécurité : gués, météo, orientation… la trilogie qui décide de votre trek

On peut avoir les plus belles chaussures du monde, si on se trompe sur ces trois paramètres, l’Islande vous le rappellera sans lettre recommandée.

1) Les gués

2) La météo

3) L’orientation

Ce trio, c’est votre vrai équipement. Le reste (même la doudoune) vient après.

Matériel : la liste réaliste (celle qui évite de finir en serpillière)

Je vous épargne la liste “catalogue” et je vais droit au utile, testé et re-testé par des randonneurs en milieux humides et venteux.

Vêtements

Couchage

Cuisine et eau

Sécurité et navigation

Le vrai luxe, en Islande, ce n’est pas la légèreté absolue. C’est de rester au sec assez longtemps pour garder le moral.

Budget : à quoi s’attendre (et où on peut vraiment économiser)

Je ne vais pas vous inventer des prix au centime près : en Islande, les coûts bougent selon la saison, le taux de change et les disponibilités. En revanche, on peut poser des postes de dépense et des leviers concrets.

Les gros postes

Économies réalistes (sans se mettre en danger)

Sur Les ch’tis trotteurs, on aime bien les budgets qui sentent le réel : ceux qui prévoient une marge. En Islande, la marge n’est pas une coquetterie, c’est votre tranquillité.

Tourisme responsable en trek : les gestes qui comptent vraiment

En Islande, la nature semble robuste… jusqu’à ce qu’on voie une mousse piétinée qui met des années à se reconstituer. Le tourisme responsable en randonnée, ce n’est pas un slogan : c’est une discipline de détails.

Et si on se donnait un objectif simple : laisser l’endroit comme si on n’avait fait que passer… alors que, nous, on en sort un peu changé ?

Petite stratégie d’itinéraire : comment choisir selon votre niveau d’autonomie

Si vous hésitez entre deux treks, ne choisissez pas seulement selon les photos. Choisissez selon votre capacité d’autonomie et votre tolérance à l’imprévu.

Profil 1 : “Je veux du grand air, mais j’aime quand c’est balisé”

Profil 2 : “Je suis à l’aise en rando, je veux moins de monde”

Profil 3 : “Je veux l’Islande sans routes, je suis prêt à dépendre de la météo”

Profil 4 : “Je cherche l’intérieur brut et je sais ce que je fais”

Le bon trek, ce n’est pas celui qui impressionne. C’est celui qui vous laisse de la place pour savourer, parce que vous n’êtes pas en train de “survivre” à votre propre itinéraire.

FAQ trekking sauvage en Islande

Quelle est la meilleure période pour un trek en Islande ?

La plupart des treks se font en été, quand les accès sont ouverts et que la neige recule. Mais même en été, la météo peut être froide et instable. Vérifiez l’ouverture des routes et l’état des sentiers avant de partir.

Faut-il un 4x4 pour accéder aux treks ?

Pas toujours. Certains départs sont accessibles en bus saisonnier (ou via des accès routiers classiques), tandis que les Hautes Terres et les routes F peuvent nécessiter un véhicule adapté selon les conditions et la réglementation. Pour Hornstrandir, c’est surtout le bateau qui dicte l’accès.

Peut-on bivouaquer librement partout ?

Les règles de camping et de bivouac varient selon les zones, la fréquentation et la protection des milieux. En Islande, il est souvent demandé d’utiliser des zones de camping désignées dans les secteurs fréquentés, et certaines zones sont très réglementées. Renseignez-vous localement et privilégiez les emplacements prévus quand ils existent.

Les gués sont-ils vraiment dangereux ?

Ils peuvent l’être. Le danger dépend du débit, de la température de l’eau, de la visibilité du fond et de votre expérience. Le bon réflexe est de traverser tôt, de ne pas y aller si vous doutez, et d’accepter d’attendre ou de faire demi-tour.

Comment éviter la foule tout en gardant un trek faisable ?

Jouez sur le timing (départ tôt), choisissez des variantes moins directes, ou ciblez des régions plus discrètes comme certaines zones de l’est. Et gardez en tête qu’en Islande, même un itinéraire connu peut offrir des moments de solitude si on marche au bon rythme.

Et maintenant, on marche où ?

Si vous deviez retenir une idée : le trekking sauvage en Islande n’est pas une question de performance, mais de choix assumés. Choisir un itinéraire à votre mesure. Choisir de partir avec une marge. Choisir de renoncer quand il faut. Et choisir de regarder longtemps un paysage qui ne cherche pas à vous séduire, mais qui finit par vous attraper quand même.

Alors, plutôt falaises brumeuses de Hornstrandir, ocres fumants de Kerlingarfjöll, ou cendres silencieuses des Hautes Terres ? On prépare bien, on garde l’esprit souple… et on se laisse une chance d’avoir cette soirée rare : celle où le vent secoue la tente, où la soupe est un festin, et où on se dit, tout bas, qu’on est exactement à notre place.

Article rédigé par

Pauline Vandenberghe