La pluie tambourinait, et on a compris qu’on n’avait rien compris
Le bus avait deux heures de retard, la pluie tambourinait sur le toit, et dans l’air il y avait cette odeur un peu métallique qui précède les grosses rafales. On était là, tout contents, sacs bouclés, itinéraire imprimé, et la confiance un peu trop bien repassée. Dix minutes plus tard, premier coup de vent sérieux : la housse de pluie de sac se transforme en cerf-volant, et notre “petite veste imperméable” révèle qu’elle aimait surtout l’humidité… mais de loin.
Préparer un trek en Islande, ce n’est pas “préparer un trek + un k-way”. C’est apprendre à jouer avec une météo qui change vite, des distances qui se lisent en temps plutôt qu’en kilomètres, et une logistique parfois austère (pas d’épicerie au coin du sentier, pas de réseau, pas de plan B qui arrive en Uber, évidemment).
Dans cet article, je vous partage les erreurs que l’on voit revenir chez les randonneurs — et celles qu’on a faites nous-mêmes, parce qu’on apprend mieux quand on a déjà eu les chaussettes trempées. L’idée : vous aider à partir plus serein, plus autonome, et plus respectueux des lieux. On n’est pas là pour jouer les héros. On est là pour rentrer avec des souvenirs, pas des entorses.
Erreur n°1 : croire que la météo islandaise se “prévoit” comme ailleurs
En Islande, la météo a de l’humour. Parfois un humour un peu piquant, certes. Le vrai piège, c’est de regarder une prévision à J-5, de la graver dans le marbre, puis de s’obstiner. Or, même en été, les conditions peuvent passer de “marche confortable” à “on n’entend plus ses propres pensées” si le vent se lève et que la pluie s’invite de travers.
Ce qu’on voit souvent : des gens qui ont prévu des étapes longues en pensant marcher à leur allure habituelle, et qui finissent à lutter contre le vent, à ralentir, à se refroidir… et à consommer beaucoup plus d’énergie.
Ce qui marche sur le terrain
- Penser en fenêtres météo plutôt qu’en programme figé : si une journée s’annonce très ventée, on raccourcit, on reste proche d’un refuge/camping, ou on décale une traversée exposée.
- Prévoir une marge : un jour tampon dans votre planning, ça vaut de l’or. Pas glamour, mais efficace.
- Anticiper le froid “humide” : 8–10°C avec vent et pluie peut être plus difficile qu’un 0°C sec ailleurs. Le refroidissement éolien, c’est l’ennemi discret.
Petit aveu : on a déjà “tenu” une étape parce qu’elle était écrite sur une feuille. La feuille, elle, n’avait pas pris le vent en pleine face.
Erreur n°2 : sous-estimer le vent (et tout ce qu’il déclenche en cascade)
Le vent islandais n’est pas un détail. Il influence votre équilibre, votre vitesse, votre fatigue, votre sécurité près des falaises ou des gués, et même votre moral (oui, oui). Il peut aussi rendre certains équipements inutilisables : un poncho qui claque, une capuche mal ajustée, une tente qui se transforme en voile.
Conséquences concrètes qu’on voit trop souvent
- Épuisement plus rapide sur terrain plat (parce que vous “poussez” contre l’air).
- Refroidissement accéléré dès que vous vous arrêtez.
- Tente mal haubanée, arceaux qui souffrent, nuits hachées.
- Erreurs de jugement : on veut “en finir” et on bâcle la navigation.
Préparer sans se raconter d’histoires
- Choisir un abri adapté : tente 3 saisons solide, haubans en bon état, sardines capables de tenir dans un sol parfois meuble ou caillouteux.
- S’entraîner à monter la tente vite (et correctement) avant de partir. Pas dans votre salon : dehors, avec un peu de vent si possible.
- Prévoir des vêtements coupe-vent sérieux : une membrane efficace, une capuche qui tient, des poignets qui se règlent.
Erreur n°3 : partir trop lourd… ou partir “trop léger” (le vrai duel)
On a tous croisé ce randonneur qui porte sa maison, son frigo, et probablement une enclume par sécurité. Et à l’inverse, celui qui part comme pour une promenade dominicale, convaincu que “ça ira”. En Islande, les deux approches se payent.
Trop lourd : vous fatiguez, vous augmentez les risques de douleur (genoux, dos), et vous devenez lent — ce qui, dans une fenêtre météo courte, peut devenir un problème de sécurité.
Trop léger : vous perdez votre marge de manœuvre quand ça se gâte (froid + pluie + vent). Et c’est là que l’Islande rappelle calmement qu’elle n’a pas signé pour votre minimalisme.
Une règle simple qui aide vraiment
- Alléger d’abord le “confort inutile” (doublons, gadgets, vêtements “au cas où” non techniques) avant de toucher au “système de sécurité” (couche chaude, pluie, abri, navigation).
- Tester le sac chargé sur une vraie marche, avec du dénivelé, au moins une fois. Les surprises, c’est mieux quand on est à 20 minutes de la maison.
Tableau : erreurs d’équipement fréquentes et corrections pragmatiques
| Erreur fréquente | Pourquoi c’est un problème | Alternative réaliste |
|---|---|---|
| Chaussures neuves juste avant le départ | Ampoules + douleurs = rythme cassé, moral en berne | Rodage progressif + chaussettes adaptées + pansements/straps |
| Imperméable “ville” | Fuite aux coutures, capuche instable, condensation | Veste pluie randonnée + réglages (capuche, poignets, ourlet) |
| Poncho dans le vent | Prend le vent, gêne la marche, mouille par dessous | Veste pluie + surpantalon + housse de sac efficace |
| Un seul “gros pull” coton | Le coton garde l’humidité, refroidit | Système 3 couches (base respirante, isolant, protection) |
| Tente montée sans haubans | Risque de casse/arrachement en rafales | Haubanage complet + orientation + ancrages adaptés |
Et non, “je prendrai un jean, c’est solide” n’est pas un plan. C’est un plan pour avoir froid, surtout.
Erreur n°4 : oublier que l’eau est partout… mais pas forcément “traversable”
Oui, l’Islande a de l’eau à perte de vue : rivières, cascades, pluie horizontale. Mais le sujet n’est pas “y a-t-il de l’eau ?” Le sujet, c’est : peut-on la traverser, peut-on compter sur tel passage, et sait-on quoi faire si un gué gonfle ?
Sur des treks comme le Laugavegur (souvent couplé à Fimmvörðuháls), certains gués existent et sont connus. Ailleurs, sur des itinéraires plus sauvages, c’est votre jugement qui fait la différence.
Erreurs classiques autour des gués
- Traverser trop tard : en fin de journée, la fonte glaciaire et les pluies peuvent augmenter le débit.
- Traverser au mauvais endroit : le sentier n’indique pas toujours le point le plus sûr selon les conditions du jour.
- Se précipiter : une glissade en eau froide, c’est vite une situation sérieuse.
Bonnes pratiques simples (et non négociables)
- Si vous doutez, vous n’y allez pas. Demi-tour ou attente : c’est frustrant, mais c’est intelligent.
- Traverser à plusieurs quand c’est pertinent (selon expérience et techniques), sans jouer au “jeu de la corde” improvisé si vous ne maîtrisez pas.
- Prévoir des chaussures de gué ou une solution stable : traverser pieds nus sur galets froids et glissants, ça peut mal finir.
- Protéger l’électronique : sacs étanches, doublage, et pas “dans une petite poche, ça ira”.
Selon les recommandations généralement reprises par les services de secours et acteurs de la sécurité en milieu naturel en Islande, les traversées de rivières figurent parmi les situations à risque récurrentes pour les voyageurs. Ce n’est pas pour vous faire peur : c’est pour vous faire choisir vos batailles.
Erreur n°5 : confondre “sentier balisé” et “orientation facile”
En Islande, il y a des itinéraires très fréquentés, et d’autres où vous pouvez marcher longtemps sans croiser grand monde. Même sur des treks connus, le balisage peut être discret, et la visibilité peut tomber vite : brouillard, pluie dense, neige résiduelle sur les hauts plateaux, lumière plate qui gomme le relief.
Le piège, c’est de se reposer sur :
- le GPS du téléphone sans batterie de secours
- une trace téléchargée sans comprendre le terrain
- des horaires “théoriques” vus sur un forum (qui ne marchent pas pour tout le monde)
Ce qui aide vraiment à ne pas se perdre
- Emporter une carte (papier ou hors-ligne), et savoir la lire un minimum.
- Prévoir une batterie externe et économiser le téléphone (mode avion si besoin).
- Découper l’étape en points de repère : col, rivière, refuge, changement de vallée… On avance de repère en repère, pas “jusqu’à ce que ça ressemble à la photo”.
- Accepter de ralentir quand la visibilité baisse. Aller vite quand on ne voit rien, c’est rarement une bonne idée.
Question honnête : si le brouillard tombe d’un coup, est-ce que vous savez où est le prochain abri, et à quelle distance ? Si la réponse est “euh”, on ajuste avant de partir.
Erreur n°6 : ne pas planifier le ravitaillement (et découvrir la “faim froide”)
Sur certains treks, vous trouverez des refuges, parfois des services, parfois non. Sur d’autres, il n’y a rien, et “rien” veut dire : pas de boutique, pas de petit café, pas de village qui surgit par magie. Résultat : on sous-estime la quantité de nourriture, ou on part avec des repas peu adaptés au froid et à l’effort.
Ce qui se passe quand on mange mal
- vous avancez au ralenti sans comprendre pourquoi
- vous avez froid même en marchant
- vous prenez de mauvaises décisions (le cerveau adore le sucre, surtout en tempête)
Conseils concrets de trekkeurs qui ont eu “la dalle”
- Viser des aliments denses : noix, purées d’oléagineux, fromage à pâte dure, chocolat, flocons d’avoine, repas lyophilisés (pratique, sans être obligatoire).
- Prévoir plus de snacks que d’habitude : en Islande, le vent et le froid augmentent la dépense énergétique.
- Protéger ce qui craint l’eau : un sachet de porridge détrempé dans le sac, c’est une punition nordique.
- Penser au “plan B” : un repas complet de secours qui reste au fond du sac.
Pour les budgets : l’Islande est connue pour un coût de la vie élevé. Sans chiffrer à la louche (on évite, promis), retenez surtout ceci : sur place, compléter ses courses au dernier moment peut coûter plus cher que prévu. Anticiper, c’est souvent économiser.
Erreur n°7 : négliger le sommeil (et découvrir qu’un bon duvet, c’est de la diplomatie intérieure)
Une nuit hachée, ça passe. Deux, ça commence à grincer. Trois, vous devenez ce randonneur qui répond sèchement à tout le monde (même aux cailloux). En Islande, le sommeil est un vrai sujet : vent, humidité, bruit de la toile, parfois beaucoup de lumière selon la saison.
Pièges courants
- Duvet trop limite en température pour des nuits fraîches
- Matelas insuffisant (froid qui remonte du sol, sommeil léger)
- Tente mal placée (cuvette humide, exposition au vent)
Le trio qui change la donne
- Isolation du sol : un bon matelas (ou une combinaison) vaut parfois plus qu’un duvet plus chaud.
- Gestion de l’humidité : aérer quand c’est possible, éviter de tout faire sécher “dans” le duvet.
- Routine de camp : manger chaud, se changer en sec, protéger les extrémités (bonnet, chaussettes). Classique, mais pas cliché.
On a déjà voulu “gagner du poids” en prenant un matelas minimal. On a gagné… une nuit à compter les rafales.
Erreur n°8 : oublier que l’Islande, c’est aussi une logistique de transports
Beaucoup de treks islandais sont linéaires : on démarre à un point A et on finit à un point B. Et c’est là que la préparation dépasse le simple sac à dos.
Erreurs fréquentes :
- Arriver trop tard au départ parce que le bus ne correspond pas à l’horaire rêvé.
- Ne pas réserver certains services quand la fréquentation est forte (selon la période, certains hébergements/transport peuvent être saturés).
- Ne pas prévoir la fin : “on verra bien” pour rentrer depuis le point d’arrivée… et on voit surtout qu’on attend.
Ce que je recommande en préparation
- Écrire votre itinéraire comme une chaîne complète : arrivée, transfert, départ du trek, fin du trek, retour.
- Garder une marge horaire sur les correspondances.
- Avoir une solution hors-ligne (captures, horaires notés) si le réseau fait la sieste.
Chez Les ch’tis trotteurs, on aime les itinéraires qui laissent respirer : une nuit en plus dans une petite ville, un bain chaud quand le corps le réclame, un repas simple mais réconfortant. Ce n’est pas du luxe : c’est du carburant pour repartir bien.
Erreur n°9 : sous-estimer l’impact du terrain sur les articulations
On imagine souvent l’Islande comme un décor “grand angle” : volcans, champs de lave, sable noir. Mais sous les pieds, ça peut être roulant… ou cassant : pierres instables, cendres, zones humides, pentes glissantes, névés tardifs. Et ce terrain, répété des heures, use.
Ce qui aide vraiment (sans discours de coach)
- Bâtons de marche : pour beaucoup de randonneurs, c’est un gain énorme en stabilité et en économie de genoux, surtout avec un sac.
- Progression réaliste : si vous n’avez pas l’habitude, enchaîner des grosses étapes dès le premier jour est une erreur classique.
- Chaussures adaptées au terrain : stabilité, accroche, protection. Et surtout : déjà testées.
- Petite trousse de prévention : strap, pansements ampoules, crème anti-frottements si vous y êtes sensible.
On peut adorer l’aventure et rester soigneux avec son corps. Les deux vont très bien ensemble.
Erreur n°10 : ignorer les règles et l’éthique locale (et abîmer ce qu’on est venu admirer)
L’Islande est robuste dans l’imaginaire. Dans la réalité, certaines zones sont très fragiles : mousses qui mettent des années à repousser, sols volcaniques sensibles à l’érosion, zones humides qui se marquent vite. Et plus il y a de passage, plus l’impact se voit.
Erreurs qu’on peut éviter facilement
- Sortir du sentier pour “gagner du temps” ou prendre une photo : ça crée des traces qui s’élargissent, et ça abîme durablement.
- Camper n’importe où sans vérifier les règles locales : les restrictions existent dans plusieurs zones, notamment pour protéger la nature et gérer la pression touristique.
- Laisser des déchets “biodégradables” (peaux de fruits, mouchoirs) : en milieu froid, tout se dégrade lentement.
Les gestes simples du trek responsable
- Rester sur les chemins quand ils existent.
- Emporter ses déchets, y compris le “petit” (emballages, mégots, lingettes).
- Éviter de laver vaisselle et corps directement dans les cours d’eau avec des produits, même “doux”.
- Accepter de renoncer à un spot si c’est saturé ou abîmé : on cherche un endroit plus discret, on répartit la pression.
Et si votre meilleure soirée se passait à cuisiner à l’abri du vent, plutôt qu’à courir après “la” photo ? On gagne souvent à ralentir.
Check-list finale : ce qu’on vérifie la veille du départ (la version qui évite des sueurs froides)
- Itinéraire : étapes réalistes + options de repli + un jour tampon si possible.
- Météo : fenêtres et tendances, pas une certitude gravée.
- Navigation : cartes hors-ligne, batterie externe, points de repère notés.
- Équipement pluie/vent : veste + surpantalon + housse de sac + gants/bonnet.
- Sommeil : duvet et matelas cohérents avec nuits fraîches, tente haubanée.
- Nourriture : repas + snacks + un repas de secours.
- Sécurité : trousse bobos, couverture de survie si vous en utilisez, sifflet si pertinent, info partagée à un proche.
- Transport : horaires notés, marge, plan de retour depuis l’arrivée.
- Éthique : règles de camping/randonnée comprises, déchets gérés.
Et ensuite… on dort. Vraiment. Parce que partir à l’aube avec trois heures de sommeil, c’est comme essayer de faire un café avec de l’eau de mer : techniquement, ça ressemble à quelque chose, mais vous allez le regretter.
FAQ : questions qu’on se pose avant un trek en Islande
Quelle est la période la plus simple pour randonner en Islande ?
La plupart des treks “classiques” se font en saison estivale, quand l’accès aux hautes terres est plus probable et que les journées sont longues. Mais “simple” ne veut pas dire “sans météo”. Même en été, on peut avoir du vent froid, de la pluie et des changements rapides. L’important est d’adapter itinéraire et matériel à cette variabilité.
Peut-on faire un trek en Islande avec une tente 2 saisons ?
Ça dépend de votre itinéraire, de votre expérience et des conditions. Le point critique, c’est la tenue au vent et la gestion de l’humidité. Beaucoup de randonneurs privilégient une tente 3 saisons robuste, surtout si vous campez en zones exposées. Si vous partez avec plus léger, compensez par un choix d’emplacements très prudent et un haubanage impeccable.
Faut-il absolument un GPS dédié ?
Pas forcément. Un téléphone avec cartes hors-ligne peut suffire sur des itinéraires fréquentés, à condition de gérer l’autonomie (batterie externe, économie d’énergie) et de savoir se débrouiller sans réseau. Une carte et des compétences de base en orientation restent une sécurité utile, surtout si la visibilité se dégrade.
Les gués sont-ils dangereux sur les treks islandais ?
Ils peuvent l’être, selon le débit, la température de l’eau, le fond et la météo. Le risque augmente souvent plus tard dans la journée (fonte, pluie). Si vous n’êtes pas à l’aise, la meilleure décision est parfois d’attendre, de chercher un passage plus adapté, ou de faire demi-tour. Ce n’est pas un échec : c’est du bon sens.
Comment éviter d’exploser son budget avant même de marcher ?
En simplifiant : limiter les achats “techniques” inutiles, tester ce que vous avez déjà, louer/partager quand c’est possible dans votre entourage, et planifier vos repas pour éviter les achats de dernière minute. Un trek bien préparé, c’est souvent un trek qui coûte moins cher en imprévus.